Institut Méditerranéen d’Océanologie
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Installés depuis dix ans dans la baie de Marseille, les récifs artificiels permettent un retour de la biodiversité

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- Pour contrer l’action humaine et la baisse de la biodiversité en mer Méditerranée, la ville de Marseille a immergé plus de 400 récifs artificiels.
- 10 ans après l’immersion des récifs, les scientifiques chargés de suivre l’expérience, constatent un retour de la biodiversité.
- Ce retour de la biodiversité peut aussi être positif sur des aspects socio-économiques.

Thomas Changeux, ingénieur de recherche du MIO et président du conseil scientifique des récifs du Prado, intervient dans cet article

Réparer les erreurs du passé. Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille, célébrait ce mardi matin les 10 ans de l’installation de récifs artificiels au large des plages du Prado. Un anniversaire ponctué de réussite selon les premières conclusions, après l’immersion de près de 30.000 m3 de récifs, la plus grande surface artificielle de Mediterranée et d’Europe.


L’aménagement de l’espace balnéaire du Prado à la fin des années 1970, qui empiète sur la mer, a considérablement impacté la biodiversité dans la rade marseillaise. Il fallait la recréer. Pour cela, 10 millions d’euros ont été investis : six pour la construction et l’installation des récifs, et quatre pour le coût de fonctionnement et les études scientifiques nécessaires au suivi du projet. Au total, 401 récifs de différentes formes (pour s’adapter aux différentes espèces) ont été immergés à 25 mètres de profondeur entre la Corniche et l’archipel du Frioul et divisé en six « villages » formant le « 112e quartier de Marseille », selon Jean-Claude Gaudin.
Trois fois plus de poissons

Une décennie après le début de l’expérience, les résultats sont concluants. « Nous avons repeuplé le milieu marin, les espèces sont trois fois plus nombreuses et la biodiversité ne cesse de croître. Cela nous a permis de devenir une référence pour les gestionnaires et porteurs de projets de récifs artificiels », s’est félicité Jean-Claude Gaudin.

Même satisfaction du côté de Didier Réault, adjoint à la mer et président du Parc national des calanques. « Cette venue d’espèces plus rapide que prévu est déjà un succès, nous devons confirmer cette impression les années prochaines. Mais c’est aussi une très bonne nouvelle socio-économique pour ceux qui vivent de la mer. »

Les passerelles entre économie et écologie sont de plus en plus visibles, comme l’a souligné Nicolas Hulot lors de sa visite à Marseille en fin de semaine dernière. « Les abeilles sont en train de disparaître, en Chine ils sont obligés de payer du personnel pour faire leur travail », a-t-il fait remarquer.
« Créer un écosystème »

Thomas Changeux, président du conseil scientifique des récifs du Prado, ingénieur de recherche au MIO, chargé de suivre cette expérience, voit plusieurs motifs de satisfaction. « Ces récifs créent un réel écosystème avec une production similaire à celle d’un habitat rocheux naturel. D’autant plus que cette production concerne des espèces d’intérêt pour la pêche artisanale locale, notamment dû à l’ampleur et à l’originalité des récifs installés », se satisfait-il.

Si le bénéfice en termes de biodiversité est indéniable, l’aspect socioculturel et la perception du rôle des récifs vont désormais être scrutés à la loupe. « C’est bien sûr une zone de non-pêche pour l’instant, elle devrait enrichir les autres zones qui sont aux alentours et créer un écosystème en étant un point de passage entre le parc national des calanques et le Parc marin de la cote bleu », espère Didier Réault. Mais il prévient : « une dizaine d’années de quiétude pour les espèces n’est pas suffisante ».