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Umifre : entre implantation à l’étranger et partenariats internationaux

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Les Unités mixtes des instituts français de recherche à l’étranger (Umifre) se posent comme un outil incontournable pour la recherche scientifique et notamment en sciences humaines et sociales. Entre implantation de chercheurs à l’étranger et développement de partenariats avec des institutions locales, les Umifre offrent une recherche connectée aux sociétés internationales. Retour sur ce réseau français unique au monde avec Sylvie Démurger, directrice adjointe scientifique Europe et International à l’Institut des sciences humaines et sociales.

Quelles sont les opportunités offertes aux chercheurs grâce au réseau des Unités mixtes des instituts français de recherche à l’étranger ?

Le réseau des Umifre est un dispositif co-piloté par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le CNRS qui offre aux chercheurs des opportunités uniques. Ils y trouvent en particulier des sources, des ressources documentaires, dont certaines sont exceptionnelles et des données de terrain (fouilles, enquêtes, archives). Grâce à des missions de longue durée (de un à quatre ans), les chercheurs y acquièrent des connaissances de fond sur les sociétés qu’ils étudient. Cette présence longue joue également un rôle fondamental dans la formation des chercheurs et contribue à la mise en place de coopérations scientifiques de long terme.

Les recherches en sciences humaines et sociales, comme dans les autres disciplines, ne peuvent se faire sans internationalisation ; elles nécessitent un travail collaboratif avec des collègues étrangers. Pour renouveler les dynamiques de recherche, les réseaux scientifiques, qui vont au-delà du cercle national, sont indispensables. Une spécificité propre aux sciences humaines et sociales s’ajoute à cela : l’accès au terrain. Il permet, pour des travaux portant sur des aires spécifiques, d’articuler la maitrise d’une discipline, la familiarité avec le terrain et la capacité de travailler dans la langue locale.

Quelle est la mission principale de ces unités tant au niveau de la production de connaissances originales ou de la formation à la recherche et par la recherche ?

Les Umifre ont une stratégie de recherche pluriannuelle menée en lien avec des institutions académiques françaises, du pays d’accueil et d’autres pays. Les recherches menées dans ces unités contribuent au progrès de la connaissance sur des problématiques qui portent autant sur les civilisations passées que sur les transformations actuelles. Les thématiques englobent toutes les disciplines des sciences humaines et sociales et beaucoup d’autres sujets actuels tels que le climat, le développement durable ou encore les transitions démocratiques. Elles favorisent également l’ouverture vers d’autres disciplines. L’institut français de Pondichéry a par exemple des programmes de recherche interdisciplinaire sur le climat et la gestion de l’eau.

Quels outils sont à la disposition de ces unités pour assurer l’implantation à l’étranger de ses chercheurs ?

Le CNRS travaille de concert avec le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères afin d’apporter aux chercheurs des outils pour permettre la mobilité de chercheurs à l’étranger, l’accueil en délégation d’enseignants-chercheurs et l’affectation de personnels de soutien à la recherche et ainsi favoriser leur implantation.

Nos Umifre commencent à développer des partenariats transversaux entre elles et ce en utilisant les outils du CNRS de type IRN (International Research Network). L’Institut des sciences humaines et sociales (INSHS) les encourage à développer ces partenariats, leurs structures de petite taille ayant beaucoup à y gagner.

L’INSHS offre par ailleurs chaque année quatre contrats doctoraux avec mobilité internationale d’une durée de 20 mois, ainsi qu’un dispositif de Soutien à la mobilité internationale (SMI) - campagne offrant la possibilité à des chercheurs porteurs de projets novateurs de partir pour une durée de trois et neuf mois à l’étranger via un soutien financier. En 2018, l’INSHS a alloué 186 mois grâce au SMI, dont une partie couvre des missions effectuées dans les Umifre.

Comment les Umifre développent-elles des coopérations au sein de pays partenaires ?

Grâce à leurs programmes de recherche, à leurs offres de séminaires et à la formation par la recherche des jeunes chercheurs, les Umifre constituent des ponts avec les communautés de recherche des pays au sein desquels elles sont établies. Ces ponts peuvent être institutionnels ou entre les chercheurs eux-mêmes.

Concernant les liens institutionnels, le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le CNRS sont attentifs au développement de partenariats locaux. L’essentiel de nos unités à l’étranger utilise des conventions pour établir des coopérations avec des institutions locales. Les centres peuvent aller encore plus loin dans le partenariat. Le Centre de recherche en sciences sociales à Prague (CEFRES) a signé en novembre 2014 une convention de coopération avec l’université Charles de Prague et l’Académie des sciences de la République Tchèque afin de créer une plateforme qui intègre les partenaires et chercheurs locaux. Le Centre Marc Bloch à Berlin est devenu une association de droit allemand et donc une structure binationale. On peut également citer la Maison française d’Oxford de laquelle l’Université d’Oxford a récemment souhaité se rapprocher, exprimant ainsi une volonté de créer des équipes de recherche franco-oxoniennes.

Par-delà ces liens institutionnels, il existe bien évidement ceux développés par les chercheurs. Beaucoup d’Umifre utilisent les financements ANR pour développer des programmes de recherche qui associent les partenaires locaux, ainsi que des financements bilatéraux de type PHC (Partenariat Hubert Curien), les actions structurantes du CNRS ou les séminaires. Une chercheuse porte par exemple un projet sur la santé des femmes en Chine impliquant le Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) à Hong Kong, l’université polytechnique de Hong Kong et l’École d’économie de Paris. Il s’agit donc là d’un projet tripartite qui implique une Umifre, une institution locale et une unité de recherche française.

La formation des jeunes chercheurs est également un outil de rapprochement. L’Institut français d’études andines (IFEA) de Lima organise un séminaire mensuel pour les étudiants en master et doctorats français et locaux. En lien avec la Casa de Velàzquez, l’IFEA et le Centre d’études mexicaines et centre américaines (CEMCA) organisent, tous les ans, avec l’appui d’autres institutions françaises et régionales, les Journées des Jeunes Américanistes, pour permettre aux doctorants de différents espaces géographiques d’échanger par le biais d’ateliers et séminaires sur plusieurs jours.

Comment se réalisent les échanges avec les partenaires étrangers ?

Les Umifre, comme toutes les unités de recherche du CNRS, organisent des conférences, des séminaires ainsi que des workshops avec des partenaires locaux. L’activité éditoriale est également très importante et certaines unités développent leurs propres supports de publication à diffusion locale et internationale. Le Centre de recherche français à Jérusalem publie ainsi une collection de monographies en archéologie (Mémoires et travaux du CRFJ), le CEFC à Hong Kong publie une revue à comité de lecture bilingue (Perspectives chinoises) et le Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales au Caire va bientôt publier l’atlas de l’Égypte contemporaine élaboré grâce à une collaboration officielle avec le CAPMAS, organisme égyptien en charge du recensement national.

Le réseau, lié au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, a également pour vocation de participer à des évènements culturels au service de la diplomatie scientifique française.

Quel est l’impact de ce réseau pour la recherche française en sciences humaines et sociales ?

Ces unités sont des relais institutionnels pour nos chercheurs et pour la recherche française au sein d’aires culturelles souvent difficiles d’accès. Ils constituent des observatoires privilégiés des évolutions économiques, sociales et politiques des pays, qui permettent de créer des ponts avec les communautés de recherche dans les pays dans lesquels ils sont établis. Les Umifre permettent une recherche non déconnectée des sociétés étudiées, contribuent aux débats d’idée grâce à leurs publications et évènements scientifiques et sont des vecteurs de transmission du savoir vis-à-vis des jeunes chercheurs. Elles ont également accumulé un patrimoine documentaire exceptionnel avec des centres de ressources, des photothèques, des médiathèques et/ou des bibliothèques. Ces unités disposent au total de plus de 600 000 documents graphiques et iconographiques sur des thèmes et des sujets souvent peu étudiés en France ou absents des bibliothèques hexagonales.

Quel bilan scientifique peut-on faire de la présence du CNRS à l’étranger ?

La présence du CNRS à l’étranger sur le temps long permet l’accueil de chercheurs travaillant sur des objets scientifiques spécifiques. Le dispositif des Umifre est un outil de la politique internationale du CNRS et de l’INSHS, qui contribue à l’internationalisation de ses recherches, favorise le développement des recherches dans le champ des études aréales et celui de partenariats privilégiés avec de grandes institutions à l’étranger.

L’accès privilégié au terrain que permettent les Umifre est un élément fondamental. Le réseau est un instrument unique de collecte de données, d’archives, etc. A ce titre, les Umifre sont un outil propre à la France. Aucun pays européen ne dispose d’un tel instrument bien que l’Allemagne commence à déployer les Merian Centers, sorte d’Instituts d’Études Avancées, en voie d’installation dans quatre pays du Sud. La collaboration européenne est un des horizons des Umifre, comme l’est aussi une ouverture vers des partenariats vers les Universités françaises dans le cadre de l’internationalisation des SHS.

Enfin, les Umifre ont permis de favoriser des coopérations scientifiques dans des pays au sein desquels les univers scientifiques ne sont pas toujours les plus attractifs, mais où la présence française a permis de créer des réseaux par la formation à et par la recherche qui formeront les réseaux de chercheurs de demain.